| concours

13.06.2010

Gazette d'Outre Moerdijk

GAZETTE D’OUTRE-MOERDIJKOu les tribulations à Rotterdam d’une Hollandaise belgicisée….JeudiRotterdam donc. Avec son million d'habitants et son putain de clavier QWERTY. Avec son horizon hérissé de buildings brique-à-broc qui ferait frémir les associations de défense du patrimoine. Rotterdam a été rasée durant la guerre (25.000 bâtiments détruits). La ville dont le nom veut dire 'digue sur la Rotte' est celle du travail et de la construction (‘stad van bouwen en werken’) comme disent les Rotterdamois. Elle essaye, avec son statut de premier port mondial, de battre l'arrogante Amsterdam avec tous ses snobs cultureux. Mais dimanche quand je suis arrivée, j'ai surtout songé à 'rot', pourri. Toute l’agglomération semblait puer l'urine, les crottes de chien et le vomi d'un samedi soir trop arrosé de Heineken. Pas un rat dans la rue, juste quelques grenouilles de bénitier grises et rigides dans leur moralité bien pensante.Nous ne sommes pas loin de la 'bible belt'(ceinture de la bible) où se nichent les protestants les plus conservateurs. N’oublions pas que les Amish viennent d’ici, ceux qui refusent d’utiliser le téléphone parce que Dieu ne l’a pas inventé. Mais ce dimanche, il y avait aussi des hérons dans les nombreux plans d'eau et des cols verts qui poursuivaient leur cane beige de leurs assiduités cancanantes.La rédaction où je vais travailler un mois est située dans un immeuble hyper-moderne. Elle est hyper-pro et hyper-efficace. Elle se nourrit d'un sandwich au fromage et d'un verre de lait vite-vite sur le pouce. Parce qu'à 17 ou 18 heures, elle retourne à la maison. Tout redevient désert à ce moment-là. Et il ne subsiste que les épiceries turques qui drainent encore quelques clients égarés. Mes collègues m'ont mise sur un ‘grrrand reportage’ concernant les potagers populaires, désormais envahis par les ‘allochtones’ et les ‘yuppies’ qui viennent prendre le soleil à 10 minutes du centre-ville. Les petits vieux et leurs dahlias résistent à ces envahisseurs enrâlant de plus belle. Ils crachent donc leur dents sur ces ‘barbecueurs’ du bout du monde et ces paresseux fils à papa qui écoutent pousser les mauvaises herbes.'Depuis Pim (Fortuyn), on peut enfin dire ce qu'on pense'. Et zou ! Une rasade de racisme bien puante. Et la sacro-sainte tolérance néerlandaise, bordel?MardiRien ne vaut une balade bien kitch sur le ‘Chinaboat’ pour découvrir un port, en l'occurrence le plus grand du monde. Alors ‘rijsttafel’ (table de riz) sur les flots entourée d’uneflopée de mouflets mugissant d'excitation et sous les loupiottes chinoises.Des containers à perte de vue. Je me souviens de ce dealer qui disait, lors d’un reportage, avoir planqué trois tonnes de cannabis dans une des ces grandes boîtes de métal rouillé.Etrangement, il y a plein de cygnes dans le port. Dans la partie citadine, un ponts'appelle d'ailleurs ‘le cygne’ avec son armature-harpe.Il faut savoir que les Rotterdamois donnent des noms à tous ces délires architecturaux. Ces appellations non contrôlées restent bien prosaïques comme ‘het potlood’ (le crayon) ou ‘de kuip’ (la baignoire).Le bourgmestre a donné une conférence de Presse, hier, sur la criminalité. Ici, ils ne se basentpas uniquement sur les statistiques. Ils ont fait un sondage auprès de 12.000 habitants en leurdemandant de donner une note au sentiment de sécurité. Quartier par quartier. Globalement, cette note s’élève à 6,2/10. Elle est en hausse pour la première fois. Mais pas partout. Le centre-ville récolte un 3. Cela flippe dans le coin.Samedi soir, une faune étonnante envahit la gare. A minuit, tous les ados semblent se transformer en ‘Gremlins’ de boîte sanglés dans leurs mini-jupes rose fluo ou leurt-shirts de l'armée.Une nouvelle boîte branchouille vient de s'ouvrir dans une usine. Toute la ville enparle. Elle est tellement cool que les danseurs pataugent avec leurs ‘chiques godasses’ dans une mare de boue authentique dans les caves vermoulues. Ce qui laisse une pénétrante odeur de chien mouillé dans le sillage des danseurs.Sinon les gens ont leur tête d'ennui quotidienne. Surtout le matin, quand je prends le trainpour aller au boulot. Et je me dis alors que c’est chouette les ‘consolidations stratégiques’ de la société de chemins de fer! Un euphémisme de la privatisation. A partir du 1er juin, les tickets seront plus chers quand on les prendra au guichet et non à la machine.Sur les quais, les quotidiens gratuits se livrent une guerre impitoyable. Des distributeurs de ‘Metro’ et de ‘Spits’ (heure de pointe) se battent presque pour venir à la rencontredes navetteurs blasés.Des contrôles de billets systématiques sont organisés dans toutes les stations en même temps. C’est impressionnant, comme si la police des chemins de fer traquait je ne sais quel terroriste. Les stations sont accessibles aux personnes à mobilité réduite et on peut voir un artiste déguisé en cow-boy dans une voiturette baroque toute dorée parader dans les centres commerciaux.J'ai déménagé chez une collègue partie en vacances pour m'occuper de son vieux chat de 18 ans. Le ‘cat-sitting’ est une opération courante chez les Hollandais. On peut visiter les Pays-Bas en allant de chat en chat.Ce félin-ci a une maison sympa avec jardin et, comme il fait beau... Mais c’est étrange de vivre dans l’habitation de quelqu’un qu’on ne connaît pas. J’avais loué un ‘flat’ en ville mais c’était un peu bruyant avec les ‘studenten’ qui décident de faire une lessive à minuit. La machine se trouve juste à côté de ma porte.Dans ma nouvelle chambre, une oeuvre d'art de deux mètres sur deux, pend au-dessusdu lit. Il s’agit d’un dessin scientifique d'une espèce de morpion. Un peu étrange. Un Louis XIV en plastoche décore les toilettes... J’imagine la vie des occupants. Tout ce que je sais d’eux, c’est qu’Antoinette est l'ancienne correspondante parisienne de l'AD. Mais les nouveaux patrons ont rapatrié tous leurs permanents à l'étranger sauf ceux de Bruxelles etde New York. Economies, économies partout la même chose!JeudiChère Marie-Rose, je te jure qu'on peut s'habituer au sandwich fromage/lait battu. La soupe à la moutarde, c'est moins évident. L'essentiel étant que le ‘lunch’ se déroule en 1/2 heure max pour être très efficace. Mon boss m'a dit du bout des dents quand je suis arrivée : ‘Ici ce n'est pas comme en Belgique où l'on reste des heures à table à midi à picoler’.Les préjugés sont tenaces des deux côtés.Au supermarché, le choix des produits ne soutient pas la comparaison avec noshyper/maxi/giga-brolls proposant leurs 42 sortes de fromage râpé. Mais le panier de la ménagère s’avère révélateur. Qu’est ce qu'ils mangent comme saloperies: frites, croquettes ou de plus exotiques 'bamibal' (boules de pâtes indonésiennes frites) gardés chauds dans un distributeur automatique. Cela commence dès la sortie des bureaux. Ici, on dit: ‘Eten uit de muur’ (manger du mur). C'est rapide, pas cher et pas bon. Efficace donc.Je recherchais des chiffres pour l'enquête sur les papys embourbés dans la catastrophe financière et oups, je me noie dans les pourcentages de millions d'études réalisées sur tous les sujets. La longueur des bouchons sur l'autoroute en fonction du temps, le nombre d'hommes qui se grattent les couilles en regardant le foot... Des stats pour tout. Les Hollandais aiment les chiffres et faire du chiffre. Avoir l'esprit d’entreprise.Même les huissiers de Justice font du ‘bizznizz’. Ainsi le bureau Maas-Delta compte 200 collaborateurs salariés (!) et distribue 75.000 exploits (à 70 euros/pièce) par année. Il se diversifie aussi en réalisant du secrétariat social pour certains clients. Classe, non? Une fiche de paie envoyée par un huissier! Dans ce bureau installé au-dessus du service social,les débiteurs, la tête basse, viennent apporter 30.000 euros en liquide par jour. Maas-Delta édite des brochures avec le slogan 'Wij incasseren beter' (Nous récupérons mieux votre argent) et dispose même d'un ‘call center’ pour séduire de nouveaux clients. Quelle galaxie de différences avec cet huissier de Dinant avec qui j'ai passé une journée, dans un autre espace-temps. Il avait un 'bureau' aménagé dans la salle à manger où travaillaient son épouse et sa mère. Très artisanalement. Il arrondissait ses fin de mois en constatant officiellement l'efficacité de produits miracles. En mesurant l’effet de la gravité sur les seins par exemple. ‘Après l'application de la crème, ils tiennent mais s'ils retombent après 5 minutes, pas mon problème.’ Rien à voir avec l'hypermarché de son collègue rotterdamois.Efficacité.Deux policiers et cinq pompiers inquiets ont surgi du néant pour éteindre un incendie depoubelle à la gare de Nieuwerkerke aan de Yssel. Sept personnes pour un seau d'eau. Ça vaut le coca avec 7 pailles!JeudiLa grise Hollande se revêt petit à petit de couleurs. L'orange d'abord, en prévision du championnat de foot. Dans les moindre bleds, des rues entières sont décorées de fanions aux couleurs nationales. Sur les vitres des cafés des lions en peinture fraîche rugissent à l'approche des matches. Les pubs s'affichent en orange, des produits spéciaux sont fabriqués pour compléter la panoplie du parfait petit supporter. Des sabots en peluche orange, des chapeaux débiles à faire pâlir d'envie les cocus, toutes sortes de trucs qui font beaucoup de bruit, des peintures de guerres aux couleurs du drapeau national. Des bières, desfromages spéciaux... Les affaires avant tout ! Car le Hollandais reste un redoutable homme d'affaires même s’il conclut ses ‘deals’ devant un verre de lait demi-écrémé. Les Japonais ont d’ailleurs un proverbe: Là où le ‘buisinessman’ hollandais est passé, l'herbe ne repousse plus. Mais c’est la pelouse des stades dont tout le monde parle aujourd’hui. ‘Het oranje gevoel’ (le sentiment orange) se transforme tout doucement en hystérie. A Amsterdam, ils ont mêmeouvert un musée du ‘Nederlands elftal’... (de l’équipe nationale). Cela a d'autant plus d'importance que les Bataves vont jouer contre les Teutons, leur ennemi de toujours. Ace propos, il est amusant de constater qu'ici, les Allemands ont la même réputation que les Hollandais en Belgique, c'est-à-dire envahissants, bruyants, radins, peu civilisés, et qui engloutissent des litres de bière sur les campings.Et - oh horreur !- une étude a révélé que les voisins de l'Est ne sont pas satisfaitsde l'infrastructure touristique des Pays-Bas. Ils osent! La presse est consternée par l'attitude des envahisseurs des plages! Cela donne un petit goût particulier à toutes les pages spéciales des quotidiens concernant la commémoration du débarquement en Normandie.Orange, Kaki et rose.Depuis quelques jours, un caniche rose et vachement snob incite les électeurs à se rendre aux urnes pour les élections européennes le 10 juin. C'est bien nécessaire parce que les derniers sondages indiquent que seul un Néerlandais sur deux connaît la date de ces élections. Si traditionnellement, le Néerlandais est très européen (l'élargissement va rapporter des dizaines de milliards au pays, ha ‘bizznizz’), il ne s'intéresse vraiment pas aux institutions européennes. Qui se mêlent de tout.Bot, le ministre des Affaires étrangères s'est encore énervé sur le sujet, hier. Que l'Europe arrête de légiférer sur n’importe quoi ! Ici, ils sont particulièrement choqués par l'interdiction pour les laveurs de vitres de grimper et de jouer l’équilibriste sur un empilement d'échelles jusqu'au cinquième étage. Vachement dangereux, mais c'est la tradition. Un Hollandais se doit d'avoir des vitres propres, voyons ! Ils ont d'ailleurs trouvé un compromis rigolo pour l'absence de voiles aux fenêtres des calvinistes (on a rien à cacher mais vous ne pouvez pas regarder): le sablage de la partie basse de la fenêtre. Pas de tentures, c’est OK pour Dieu, maison voit que dalle, c’est OK pour moi. En matière de réglementation, les Néerlandais restent pourtant les champions. On commence à contester la loi Arbo, une bible de 800 pages qui explique comment doit être aménagé le lieu de travail. Cet ouvrage passe du ‘wattage’ de l'ampoule dans un atelier de peinture au nombre de ‘waters’ pour une chaîne de montage de caravanes. Infaisable et cela coûte cher. Ici, selon l'expression, le moindre euro est retourné deux fois avant d'être dépensé.Mais il ne faut pas juger trop vite.Dans mon papier de samedi, sur la pauvreté chez les vieux, j'avais rencontré unegrand-mère qui dormait sur un matelas pneumatique parce que son matelas à eau qui avait atteint les vingt ans, était crevé. Deux jours plus tard, je reçois une enveloppe avec 150euros à la rédaction d'un lecteur touché par cette histoire, à remettre à la mémé pour acheter un vrai matelas. ‘Tof !’LundiMidi. Au moment où j'étais en train de me demander comment échapper au ‘Hollandse nieuwe’, la nouvelle cuvée de harengs - le premier tonneau est parti à 26.000 euros - des sirènes se mettent à gueuler. Putain, qu'est-ce qui se passe? Un attentat ou quoi? Mais personne ne semble réagir. Je risque quand même une question.C'est le premier lundi du mois, toute la Hollande se met à beugler à l'heure de table afin de tester les sirènes d'alerte. Cela ne se faisait plus, mais avec les terroristes et leurs joujoux, il vaut mieux savoir si ces vieux bidules fonctionnent toujours.Les klaxons de pré-foot claironnent régulièrement aussi dans les rues. Samedi, la coupe commence. Mais pour les non-fans, elle déborde depuis longtemps. Hier, à la télé, les programmes ont viré à l'orange. Jusqu'à rediffuser le match Hollande-Brésil de ...1974.Avec des émissions aussi folichonnes que 'Comment sauver votre couple pendant le championnat d'Europe,' etc. Et en zappant je suis tombée sur le Loft arabe. Ou dumoins une tentative. La fameuse société de production hollandaise Endemol, après avoir réalisé Big Brother Pan africa, a voulu en faire une version mille et une (en)nui(t). Elle a été interdite après une semaine par les mollahs de La Mecque.Il faut dire que sans la Maes cool et le vibromasseur de Betty, l’émission n'était guère passionnante. Mais dans la version arabe, même le local de prière et la grosse voix de Big Brother qui appelait les candidats cinq fois par jour à la prière n'y ont rien changé.C'est l'Arabie Saoudite qui a allongé 20 millions d'euros pour l’avortement de cette grand-messe cathodique. La même qui sponsorise à grands frais une mosquée controversée à Amsterdam. Un nid d'El Quaïda, selon les Américains. L'argent du pétrole a malgré tout une odeur.Les mosquées sont assez critiquées pour l'instant aux Pays-Bas. Les politiciens de droite (les fortunistes en tête) les soupçonnent de fondamentalisme et attaquent la politique d'intégration qui aurait été un échec sur toute la ligne. Les ‘allochtones’ doivent désormais suivre des cours de citoyenneté. Puis se soumettre à un test linguistique et une sorte de ’quizz’ sur les institutions. Je ne sais pas si les questions portent sur les paroles des chants footeux.Certains quartiers sont noirs, comme on les dit ici. Cela veut dire qu'il y a beaucoup d'étrangers. Mais même dans ces quartiers-là, je n'ai jamais vu un barbu en babouches comme il y en a des centaines à Bruxelles. Il faut dire que chez les autochtones calvinistes, la barbe n'est pas très populaire. Car ici, la personne qui cache son visage derrière des poils n'est pas franche. Pas de barbe mais un poil d'irritation: un imam saoudien a fait un prêche anti-homos dans sa mosquée: il faut les jeter du dernier étage d’un bâtiment très haut, la tête la première. Mais cette semaine, les musulmans n'ont pas le monopole des propos anguleux. La presse relatait également qu'un rabbin prédisait que les homos seraient réincarnés en lapins. Ici, c'est vraiment le supermarché des religions, des innombrables fractures protestantes et des sectes plus ou moins ésotériques. Il y en a près de 600. Mais pour l'instant, c'est celle du ballon rond qui cartonne. Mardi, les onze messies oranges seront crucifiés ou sanctifiés face aux ‘barbares teutons’. Le magazine ‘Panorama’ offre cette semaine une poupée vaudou représentant un joueurallemand avec trois aiguilles, pour donner un coup de pouce au sort.JeudiLa folie orange est un peu retombée avec le grand frisson de mardi contre l'Allemagne... et la 81e minute pour égaliser. C'est en tous cas un bon ‘business’. Il a rapporté 100 millions d'euros, la moitié vient des supermarchés qui vendent plein d'orangeries et surtoutplein de houblon, l'accessoire principal des festivités. La vente des télés a augmenté de 25%. Certains utilisent leur pécule de vacances pour acquérir un écran plat. Mais aussi les gadgetsles plus débiles comme un goal à installer dans un urinoir. Il faut marquer en pissant sur la balle reliée à un élastique. Ou un flacon en forme de spermatozoïde qui contient duliquide orange. Ce que la gonade à avoir dans cette histoire reste un mystère. En tous cas, 7,5 millions de footeux ont regardé ce foutu match.On aurait dit le couvre-feu à Rotterdam. Un autre 1,5 million de téléspectateurs ont visionné le passionnant baptême d'Amelia, la princesse héritière. Tellement folichon que le bébé lui-même n’a pu réprimer un bâillement, geste repris en Une par tous les quotidiens.La presse est vachement puissante dans ce pays. Elle a coûté la tête de la secrétaire d'Etat à l'Enseignement qui a donné une interview franche au ‘Nieuwe Revu’. Elle y évoquaitles jeux politiques entre ministres et du coup, après un débat convenable (c'est toujours très poli ici), son parti, le VVD (libéraux) l'a priée de regagner ses pénates, c'est-à-dire son bureau chez Shell où elle était cadre. Ici, les journalistes se muent aussi en ‘coach médias’ et apprennent aux politiciens néophytes à s'exprimer devant les caméras. Celui d'Annette Nys s'est visiblement planté.Autre remue-ménage médiatique: l'interview de Dijkstal, ancien président des libérauxà un stagiaire de l'’Algemeen Dagblad’. Il y faisait un rapport musclé sur la politique d'immigration du VVD. Vlan, il est rendu responsable de la défaite aux élections européennes qui ont eu lieu entre temps! Le pauvre stagiaire qui avait écrit le papier s'en est toujours pas remis d'avoir provoqué un tollé médiatique et d'avoir fait perdre deux sièges bleus au Parlement!JeudiUn mi-racle! Les Hollandais ne savent plus s'ils doivent fêter leur victoire ou celle des Tchèques... Une chose est sûre, les Allemands sont battus. Tout le vocabulaire guerrier a resurgi, l'ennemi est éjecté de la finale. Et les brailleries ‘heinekiennes’. Pour enajouter une couche, les supporters s'en sont pris aux voitures des touristes venus s'approvisionner en cannabis à Venlo. Ach ‘grosse horreur’! Encore unetournée et des grands titres.On sourit à nouveau. Les ventes des gadgets orange explosent: des gâteaux ballons à des chocolats pleins de je ne sais quoi. Beurk.Dans l'euphorie, les téléspectateurs/lecteurs passeraient presque à côté de l'info du jour quiannonce un sérieux retour de kick sur le plan social: les 40 heures reviennent avec le travail jusqu'à 65 ans; la flexibilité augmente avec la facilitation des licenciements pour tenter de sauver le ‘poldermodel’, le modèle social local. Demain, le gouvernement en discute.Mais après-demain, il y a déjà le match contre la Suède qui obsède le pays. D'ici là, le stock de bière doit être refait avec son cortège de blagues de potaches.L'humour ici est assez étrange. Le second degré n'existe pas. Ni les jeux de mots d'ailleurs. Pourtant les Hollandais adorent les rimes. Par cinq comme dans les fameux 'limmerik'. Des poèmes décorent la ville et le métro. Les ventes d'auteurs néerlandais explosent.Certains livres de littérature sont tirés à 125.000 exemplaires. Pas mal pour un 'petit pays degrenouilles' comme ils l'appellent eux-mêmes. Rire oui. Mais pas avec des mots. Ou alors des gros. Les zygomatiques restent sensibles au pipi-caca-sexe. La scatologie se vend au propre comme au figuré. Ainsi la dernière expo en vogue s'appelle 'Poep Enzoo' (caca et d'autres choses) et montre les déjections de divers animaux exotiques. On y apprend qu'il faut se méfier des pingouins qui projettent leurs crottes dures à plusieurs mètres. On peut même y acheter un bocal de merde de lion, souverain paraît-il, pour éloigner les chats. Quand à l'ours, il chie mou. Afin que le vétérinaire du zoo puisse identifier l'étron d'un animal malade, il lui fait manger des carottes. Ce qui colore la production en... orange. Zut, moi qui ne voulais plus parler de foot !LundiUrk. Cela sonne comme un ‘Wacho’ qui prend difficilement son pied. Un ‘wacho’ est le nouveau terme utilisé ici pour les durs-mous, les nouveaux ‘zommes’, en somme: un croisement entre un macho et un 'watje' (littéralement une ouate, un mollasson, quoi).Urk donc. Un bled millénaire sur la Ijsselmeer qui, avec ses petites maisons de pêcheur vertes, fait de l'œil aux touristes. Mais pas le dimanche. Les ex-îliens qui vivent à 3,3 mètres sous le niveau de la mer, sont très très croyants. Et le dimanche, messe et basta. C'est pour ce type de communauté qu'aux Pays-Bas, on ne vote jamais le jour du Seigneur.Certains se baladent encore dans leur costume d'antan. J'ai vu un papy avec son antique vareuse de pêcheur... Pittoresque.Mais apparemment, on s'y emmerde. Ce n'est pas l'hystérie orange qui va combler le profond mal-être des jeunes. Eux, sniffent de la coke. ‘SCHANDAAL !’ Même le jour du Seigneur ! Surtout le jour du Seigneur parce que les autres jours, ils sont en mer. La consommationde drogue a été multipliée par cinq.Mais les fils de pêcheurs protestants ne sont pas les seuls à s'envoyer en l'air. Les bourdons complètement ‘stoned’ pullulent, à en croire les journaux. Ils s'enivrent à la fleur detilleul et en oublient de se sustenter. Bref, des cadavres de bourdons au pied des arbres. Les riverains croyaient à une pollution. Mais non, les bourdons dévissent de la capsule.Les proprios de ‘coffee shops’ ont tenu une conférence de presse aujourd'hui pour dire qu'une grande partie du cannabis est de nouveau vendue clandestinement parce que la gestion des ‘coffee shops’ coûte très cher (c'est le secteur de l'Horeca le plus contrôlé). De plus enplus de particuliers se lancent dans le ‘bizznizz’. Cinq plants de cannabis sont autorises par habitation. ‘Un watt égale un gramme, a dit l'experte du Cannabis collège d'Amsterdam. Mettez 600 watts, et vous avez 600 grammes.’ C'est à la consommation d’énergie que la police repère les plantations illégales. Il est vrai que les câbles sont souvent piratés entre la rue et le compteur du particulier. Mais bon, pour faire pousser 135.000 plants dans un entrepôt (le record), il fautdu jus!Rotterdam, avec une majorité droite-populiste, commence la guerre contre ses 62 ‘coffee shops’. Une descente vendredi a signalé la présence d'une fille de 17 ans dans le plus ancien d'entre eux. L’entrée est interdite aux mineurs. Bang ! Fermeture pour un an ! Mort du commerce. Plus de putes, plus de dope... La fin des programmes avant-gardistes d’aide à la toxicomanie. Exit le dealer-maison de la Paulus Kerk, une église qui recueille des tox et s'est arrogée les services de dealers ‘de confiance’ pour fournir les clients, des épaves qui ont 25 ans de piquouzes derrière eux.En plus, la ville a instauré la fouille préventive. Il s’agit d’une grande première en Hollande où le respect de la vie privée est sacrée. Le gouvernement a même initié l'obligation de s'identifier à partir du 1er janvier prochain. Le ‘Aussweisskontroll’ de 40-45, qui a traumatisé les Néerlandais au point de refuser la carte d'identité, est de retour !Les journaux ont voulu prouver l'utilité du fichage quand deux jeunes femmes ont aspergé laministre de l'Intégration de ketchup. Elles ont tout simplement refusé de dire leur nom et impossible des les identifier. Ach! Une autre tradition qui se perd. Décidément, au quotidien, mon plat pays d’origine est devenu vraiment déroutant. Demain, je reviens en Belgique, ma chère Marie-Rose, et je me ferai une joie de déjeuner longuement avec toi avec une bonne bouteille et te raconter le reste. Ce journal électronique d’outre-Moerdijk cessera donc de paraître.

14:15 Écrit par LaBok dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : foot hollande |  Facebook |

18.03.2010

Panique à bord

Samedi soir. Panique en Géorgie : la chaîne privée Imedi a annoncé que les chars russes faisaient route sur la capitale Tbilissi et que le président Saakachvili avait été tué. Pour crédibiliser la fausse information, la chaîne a diffusé les vraies images d’août 2008, celles de l’authentique guerre éclair. Hé les gars, c’était une blague !Ce même type de blague avait fait croire aux téléspectateurs de la RTBF en 2006 que la Flandre avait unilatéralement déclaré sont indépendance. Hé les gars, on rigolait ! Vous vous êtes faits prendre ? Wouarf !Au moins en 1938, quand Orson Wells a fait une promotion décalée à la radio pour La Guerre des mondes et provoqué une réaction de panique en chaîne, le danger était moins réel. Une invasion d’extraterrestres tient tout de même de la fiction et permet un second degré.Chercher à faire de humour avec des événements plus vraisemblables voire même probables dans un climat d’angoisse diffuse, ne relève pas, à mon avis, du calembours journalistique. Ca me met en colère de galvauder l’information et de mettre en scène des faits fictifs pour gonfler l’audimat et jouer à faire peur. Le lendemain, on ne parle que de ça, comme d’un vulgaire reality show. Quoi tu y a cru ? M’enfin, j’avais deviné tout de suite. Le téléspectateur Lambda n’avait qu’à pas être aussi naïf… Ceux qui ont osé critiquer la pertinence de ce ‘Bye bye Belgium’ sont passés pour de vieux ronchons, y compris dans les milieux journalistiques. Quid des déontologues de la profession ? Personne ne les a entendus. Bien sûr, on a disserté à perdre haleine sur ces ‘politiques’ qui n’étaient pas d’accord et qui exerçaient dès lors des pressions inacceptables sur le conseil d’administration des prêcheurs de la messe cathodique ! Comme un peu partout, les valeurs du métier de journaliste se dissolvent dans les objectifs de l’immédiateté, d’urgence et de rentabilité. Une course effrénée de hamsters dans la roue de l’audimat (rat race disent les anglo-saxons). Et le téléspectateur dans tout cela ? On lui garde une part de cerveau disponible pour le vendre à Coca Cola, le disait cyniquement un directeur de TF1. Cette part de cerveau devient d’autant plus disponible en jouant sur la peur, les spécialistes de marketing le savent bien : le consommateur flippé compense en achetant des biens de consolation. Mais politiquement, la peur engendre le repli, le rejet, le retranchement dans des discours excluants. Pour le marketeur politique, la peur ne sert que les extrêmes et les poujadistes. Mais les journalistes alimentent cette perception diffuse de danger imminent. Il a fallu attendre un an pour avoir un reportage digne de ce nom à Question à la Une sur la menace réelle de la grippe H1N1. En allant interroger qui dit quoi et pourquoi après le salmigondis de déclarations en sens divers. Débrouillez-vous avec cela, nous les journalistes, on ne sait plus, l’OMS nous avait déjà fait le coup avec la grippe aviaire. Comme la majorité des gens n’y comprenaient plus rien, j’ai vraiment eu l’impression que la société s’est divisée en croyants, non-croyants sur fond de grrrand complot. Ce développement m’inquiète.Les croyances et les ‘On nous ment’ surgissent généralement quand l’information manque. L’information scientifique ou journalistique. Le journaliste étant le débrousailleur de l’info, celui qui devrait amener les éléments pour permettre au lecteur/téléspectateur de se faire une idée et non un ruminant qui se contente de régurgiter les éléments broutés ça et là en espérant que ça plaise au chef et aux annonceurs. Quand au lieu d’informer le plus honnêtement possible intellectuellement, les rédactions jouent à faire croire, elles sortent de leur rôle et sabotent leur fonction sociale. Le XXIe siècle serait-il celui des croyants ?

04.02.2010

La vie sexuelle et affective de Mme et M. Moyenne

Les sciences humaines appelées ‘molles’ par les adeptes des sciences exactes utilisent un Viagra bien particulier pour se donner une apparence plus solide : la catégorisation et les statistiques. Voici donc la vie sexuelle et affective de madame et monsieur Moyenne.Emma a somme toute un physique banal avec ses 1,66 mètres pour 66,7 kilos, Elle est loin de ressembler à Angelina Jolie qu’un homme sur six trouve particulièrement sexy. Cela n’a pas beaucoup d’importance qu’elle ne soit pas une Bimbo, les Belges demeurent les moins exigeants d’Europe en ce qui concerne la beauté physique et les performances sexuelles (50%). Emma porte bien ses 41,4 ans. Elle se dit heureuse, comme la plupart de nos compatriotes (94%). C’est sa famille avec ses 1,6 enfants qui lui procure le plus de satisfactions. Elle est fidèle (88%) à son mari, Noah, 38,7 ans, un homme bien dans sa peau (82%) avec son 1,78m. et ses 79,1kg, même s’il n’a pas vraiment le physique de Brad Pitt pour qui 28% des femmes craquent dans notre pays. Noah aime les voitures. Sa marque préférée est l’Audi. Comme beaucoup (69%), il a déjà fait l’amour dans son véhicule et, tenez vous bien, parfois même en conduisant (21%). Cela l’a fait frissonner car la moitié des personnes qui s’adonnent à ce genre d’acrobaties ont été prises sur le fait !Emma et Noah se déclarent hétérosexuels (91%). Ils auront 7,5 partenaires sexuels avant l’extinction définitive des feux (à 81,3 ans pour elle ; à 74,4 ans pour lui). En cela, le couple se situe dans la moyenne européenne. Les Turcs étant les champions du nombre moyen de conquêtes (14,5). En revanche, les habitants du plats pays s’avèrent les plus romantiques sur internet (56% pour les internautes féminins et 44% pour les masculins).Aujourd’hui, 14 février, Noah sirote sa boisson préférée, une Jup’ en attendant Emma qui se prépare dans la salle de bain. Pour la Saint Valentin, ils vont aller au restaurant (75%) italien de préférence, pour y manger des pâtes. Avec sa carte Fortis, Noah a déjà acheté un bouquet de fleurs. Il hésitait un peu pour le cadeau (bijou ? pralines ?) mais avec son budget de 20 euros, il n’avait pas beaucoup le choix. Il a pensé lui envoyer un petit SMS d’amour ce qui a engorgé un peu le trafic de téléopérateurs. La journée des amoureux est la cinquième de l’année après le Nouvel an ou l’Aïd en nombre de textos transmis.Emma est toujours dans la douche (67%) et elle y chante (21%). Elle passe 42 minutes à se faire belle car elle pense que l’apparence soignée contribue au bonheur (72%). Elle se réjouit d’aller au resto et de ne pas s’activer dans la cuisine pendant 2h48 soit deux fois plus que Noah.Ils se sont mariés à l’église de leur village (87%), Walhain au lieu dit La Trège, le centre de la Belgique (50°28’28 latitude Nord et 09°40’05 longitude Est). Elle avait 32 ans, lui 35. Ils sont toujours mariés et ont de la chance puisque la Belgique compte 4 divorces pour 5 mariages. Les divorces ont lieu en moyenne après 4 ans de mariage.Mais monsieur et madame Moyenne tiennent bon. Comme la grande majorité des catholiques (90%), ils sont favorables aux moyens contraceptifs et acceptent l’avortement en cas de ‘capote poreuse’ (39%). Après le restaurant, ils joueront probablement les prolongations sous la couette (27%) pour arriver à leur 105 rapports annuels et s’approcher des 3.000 coït qu’un être humain est sensé accomplir durant sa vie (en guise de comparaison, les bonobos en sont à 5.000). Pour info, le Belge entame sa vie sexuelle à 17,2 ans. 40% ont des rapports non protégés et le même nombre ont déjà eu une relation sans lendemain.Emma est vernie, puisque l’outil de Noah mesure 14,8 cm en activité ce qui le classe haut dans le hit-parade européen. Même si elle s’éclate (23%), après des préliminaires de 19,9 min et un acte d’un quart d’heure, elle fait peut-être partie des simulatrices, puisqu’Emma est wallonne (23% contre 17% des Flamandes). Sans doute pense-t-elle aux courses (elle y songe 210 fois par jour, dont 70 fois dans l’intimité). Une belge sur 2 préfère même faire les magasins en position verticale que les câlins à l’horizontale. Elle se rattrape sans doute avec son sex toy. (24%). Noah, lui compense largement (76%).Emma et Noah s’en tiennent à des positions classiques : madame chevauche (29%), levrette (28%) et missionnaire (20%). Même s’ils souhaitent plus de variété (95%) et que dans un tiers des cas, ils s’inspirent de films ‘exotiques’.Bonne saint Valentin et sortez du cadre !

23.01.2010

Charité chez Consomax

Quelle horreur les courses chez Consomax le samedi ! Les courses d’obstacles avec caddies surchargés entre les promos et les démonstrations… Et la voix d’aéroport qui susurre : « Faites un don pour Haïti en passant à la caisse. Validez le code barre pour 2/5/10 euros ». Woaw ! De l’humanitaire en faisant ses emplettes. Consommons la charité ! Cela me fait l’effet d’un fécalome dans le moral.Y a quand même un truc qui ne va pas. Même si c’est généreux de penser aux autres au moment de passer à la caisse avec le chariot bourré de bouffe. Déjà, nous faisons l’effort d’acheter équitable et voilà maintenant qu’on doit chiner humanitaire : Pampers= vaccin pour le tiers monde; un paquet de Douwe Egberts= deux tasses de café pour les démunis ; un parfum Hugo Boss = un arbre replanté en forêt amazonienne. En consommant, nous faisons avancer le schmilblick. La charité devient un argument de vente. Les SA qui nous proposent ces gestes chaleureux sont d’un cynisme absolu. Les langes jetables provoquent des catastrophes écologiques en Afrique dixit un ami journaliste qui a passé 3 ans au Congo pour aider la presse locale. Je me souviens qu’il y a très, très longtemps, mon rédac’chef m’avait demandé d’écrire un conte de Noël sur Pampers (SA) qui replantait des arbres.A peu près à la même époque, je parle comme un ancien combattant, j’avais fait un papier sur le discours idéologique squatté par les publicitaires : c’était du temps des United Colors de Benetton et des droits de l’Homme mis en scène par le slip Eminence. J’avais rencontré Patrick Janssens (l’actuel bourgmestre d’Anvers, il vit toujours, donc c’est pas si vieux que ça) qui dirigeait l’agence de pub VVL-BBDO. Il m’explique: « Les politiciens font du marketing, se présentent comme des produits et délaissent, ce faisant, tout le pan des valeurs, donc, logiquement, les publicitaires s’y engouffrent.» Après les images de la famille idéale réunie sur le mode touvabien grâce à la banque trucmuche générant plein d’émotions positives dans le cerveau limbique, les publicitaires ont attaqué les consciences, la pensée dans le néo-cortex. Le produit n’est plus un avoir mais contribue à l’être.Patrick Janssens m’a encore dit : « Je discutais avec Louis Tobback sur la campagne du SP. Il était son président. Nous sommes passés devant un panneau publicitaire pour les ordinateurs Apple avec pour slogan ‘Power to the people’ et je dis à Louis : ‘C’est toi qui devrait dire ça !’ Il me répond : ‘Quand je dis ça, les gens ne me croient pas !’ ».Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’un pas supplémentaire a été franchi dans le désert des utopies. Acheter pour aider.A l’issue des récoltes de fonds pour Haïti, je peux dire, sans boule de cristal, que Consomax aura récolté plus d’argent que la soirée spéciale organisée par les frères ennemis télévisuels. Entre le saumon en promo et le petit pull en soldes, un petit don pour les déshérités.Ok, OK, OK. La faim justifie les moyens. Mais quelle trace cela laisse-il dans la pyramide des besoins de Maslow : besoin d’appartenance en faisant comme tout le monde ou épanouissement de soi ? Il faut plus qu’ouvrir son portefeuille pour renforcer son estime de soi.Et pourtant, il y a des gens extraordinaires. Ceux qui veulent rester anonymes et qui pourtant donnent : du temps (je pense à ces coiffeurs qui consacrent leur lundi, jour de congé, à coiffer les sans-abri à La Fontaine), des réseaux pour faire aboutir une idée et apporter leur pierre au changement du monde ; de l’écoute pour toutes les personnes solitaires (1 personne sur 2 vit seule à Ixelles, par exemple)…J’ai aussi une pensée émue pour ‘Les vieux ketjes de Schaerbeek’ à qui j’avais parlé de l’extrême dénuement dans lequel vivaient certains de mes élèves et qui sont venus me remettre en classe une grosse enveloppe bourrée de billets de 50 euros !

14.01.2010

Le temps, c'est de l'amour

Le temps ! Compter les secondes avant un rendez-vous amoureux. Compter les semaines, les années pour trouver un boulot. L’élasticité de la perception du temps de Bergson. Vite, vite, vite. La société de tout le monde est joignable à tout instant sur son GSM. ‘Tu ne sais pas ce qui m’arrive !’ Dans notre société actuelle tout le monde doit être à l’écoute 24h/7j. Aucun Boss n’accepte que son employé ne bondisse pas en temps réel sur son portable, ne réagisse immédiatement à son mail… Pour quelle urgence ? Peut-être vit-il un moment merveilleux avec sa tendre moitié et qu’il n’a pas du tout envie de répondre maintenant tout de suite, sur le champ à la question : « Où as-tu mis le dossier Untel » alors que dans le bureau, 15 personnes peuvent donner la réponse.Nous avons tous le nez sur le pare-brise. L’autre doit être là, pour panser (penser) nos angoisses. La connexion instantanée avec le reste du monde, l’extérieur ou bêtement le chef prend une nouvelle dimension. Nous facebookons, nous twittons, nous nous branchons sur l’univers. Mais avons-nous salué notre vieille voisine (pardon, le senior d’à côté) , avons-nous accordé une oreille à notre progéniture ? Tout va vite. Tellement vite. Et on a l’impression d’être au cœur de l’action. Quelle activité du reste à part l’agitation qui semble être le vade mecum d’une société hyperactive (c’est-à-dire angoissée). Il faut faire quelque chose pour Haïti, c’est affreux. Il faut sauver la planète en achetant une voiture électrique au salon de la Bagnole. Mais enfin, il n’y personne qui a entendu parler de la fièvre Q transmissible aux humains? Celle qui ravage les cheptels d’ovins aux Pays-Bas et dont on ne parle pas en Belgique ? Non vite, vite, il faut digérer les vaccins contre la grippe A. La pandémie… celle qui allait vous dévaster vous, citoyens d’une Europe que l’on croyait en dehors de toute menace. Vite, vite, vite.Quand on est en dehors du coup, à vitesse réduite parce que l’on est au chômage, en invalidité ou en congé de maladie, la vitesse semble réservée aux autres. Mais cela donne un sacré recul ! La société va trop vite, personne ne comprend plus les enjeux, y en a-t-il seulement ? GGGGRRRRAND zoom arrière. Je n’oublierai jamais ma rencontre avec…. ben merde j’ai oublié son nom, je sais juste qu’il était à l’origine de la création de la Mustard Factory, un incubateur d’entreprises culturelles anglo-saxonnes (hé ho les francophones!) et psy. Il m’a expliqué, des étoiles dans les yeux, qu’après son travail dans les départements DRH (les guichets de sortie) il avait voulu comprendre le vrai sens de la vie.X, désolée, est allé en montagne dans un chalet isolé, avec des personnes en fin de vie.Durant une semaine, ils ont phosphoré sur le sens de la vie.AUCUN n’a parlé de son travail (ils devaient tous avoir coupé leur GSM) mais TOUS ont parlé des relations humaines : l’AMOUR à l’égard de leur moitié, de leurs enfants, de leurs amis.Pourquoi nous acharnons-nous dès lors à croire que le boulot c’est la chose la plus importante dans notre vie ? Parce que nous avons besoin de reconnaissance ? Parce que papa ne nous a pas aimé comme il faut ? Allons donc ! Nous sommes beaucoup dans ce schéma, sommes-nous obligés de l’accepter ? A défaut payer des générations de psy, coach en tous genre pour nous affranchir ? Soyons-nous. OSEZ ! Prenez le temps qu’il faut pour vos proches. Ne courez pas ! Le temps, c’est de l’amour !

04.01.2010

Emballé, c'est pesé!

Yesss ! Nous avons tous reçu nos beaux présents, des cadeaux utiles, subtiles, futiles à faire broussailler les sourcils… Nous avons tous dépensé 370 euros pour faire plaisir. Nous avons déchiré sans états d’âme le papier pailleté pour accéder au plus vite au contenu. Sans y prêter la moindre attention. Au Japon, c’est l’emballage qui compte. Toute une science, un art. On peut recevoir un superbe paquet révélant au final un kilo de sucre en morceaux. A part cette exception notable des offrandes sous le sapin, nous sommes, comme les Japonais, plus sensibles au contenant qu’au contenu. Nous privilégions la forme au fond dans notre société de consommation. Plus que l’ivresse, c’est le flacon qui importe ! Joli, flashy, placé à hauteur des yeux dans les rayons (les emplacements les plus chers). Smith’s devient Lays, nouveau ? La pub nous fait confondre envies et besoins, nous achetons une image plus qu’un produit. Chapeau tout de même d’arriver à vendre une sorte de sirop pour la toux à bulles parce que Red Bull te donnes des aiiiiiiles ! Qui se souvent encore de Thowsend Thorensen ? Wa-iz-da ?Mon premier reportage au large de Zeebruges, en 1987. (Cela ne me rajeunit pas !) Le Herald of Free enterprise ? Votre cent tombe-t-il ? Par une froide nuit de mars, un ferry roll on roll of avec 450 passagers avait oublié de fermer ses portes. Bilan 193 morts et des centaines de blessés. Pour l’anecdote notre super Premier à l’époque, Wilfried a choqué les journalistes anglais en parlant de ‘blessed’ ou lieu d’’injured’. Les passagers bénits du hérault de la libre entreprise ? Après cette incroyable catastrophe, le geste fort de cette société ? Changer de nom (P&O), les cadres sont restés en place et la justice n’a jamais pu clairement établir les responsabilités.What is in a name ?Les partis, aussi, ont lifté leur sigles et leur ‘packaging’ : ils ont gommé un ‘chrétien’ par-ci, effacé une rose par-là ou ont ouvert un grand mot valise (mouvement) où l’on peut stocker toutes les tendances. Le plus parlant à cet égard reste Agalev (celui de Mieke) ou le V de ‘vrijen’ a été surclashé d’un ‘groen’, bien plus politiquement correct. La forme, la présentation, l’image, la communication… La petite phrase qu’il faut placer à tout prix, (qui écoute/lit encore des grands développements ?) mène à des situations absurdes : quand les deux co-présidents d’écolo prononcent le même slogan simultanément dans deux débats télévisés différents. Nous marketons, vous achetez ! Ils ne pensent même pas à déplier l’origami ! La forme toujours prime dans les rénovations des quotidiens. Celles que j’ai vécues, suivaient toujours le même schéma : un génial concepteur arrive avec une maquette inspirée par un canard d’outre-atlantique, la rédaction est invitée à disserter sur la forme et la taille des caractères, des illustrations ou des rubriques… et voilà, c’est beau et donc emballé ! Sans aucun brainstorming sur le contenu, sur les besoins des lecteurs. Les consultants décrètent qu’une maquette est bonne pour dix ans, de quoi fidéliser le client. Il était super moche, mon journal préféré, le ‘Wochenpost’ ossie : des reportages qui courraient sur deux pages sans photo avec de part et d’autre une colonne de chiffres, d’explications et de précisions qui complétaient l’info. Il est mort. Pas assez sexy sans doute.En tant que journaliste, j’ennuyais toujours mes interlocuteurs par un ‘Oui, mais concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?’ . Cela menait rarement à un scoop, une exclu, mais cela m’était égal, j’avais du contenu en allant au fond des choses. Faut-il, pour être le premier sur l’info, travailler au corps les conseillers en com’ afin de déflorer une conférence de presse avant les autres ? A l’heure ou la Loi protège enfin le secret des sources, les journalistes d’investigation ont disparu du radar.A force d’accorder une primauté à l’apparence, tout finit par ressembler aux actrices américaines siliconées, botoxées, liftées, liposucées qui sont magnifiques immobiles mais qui ressemblent à Daffy Duck avec une perruque quand elles prononcent une phrase. Derrière l’omniprésent marketing en papier glacé où est le contenu ? Le sens ?Etre ou avoir ? Savoir ?

28.12.2009

La vie, mode d'emploi

Ha ! Les modes d’emploi foisonnent, comme toujours, en cette fin d’année ! Petit Jésus et la crèche suscitent une émotion chez monseigneur Léonard. Le Roi abrite deux familles de SDF dans le château familial, le prince William (ou est-ce Harry ? je ne sais qui est dans l’ordre de succession), pionce à moins 4 degrés sous un pont de Londres pour comprendre les habitants de la rue, au niveau du vécu. Après il regagne les draps de soie cotonnée des palais, fastoche ! Un allumé a essayé de faire exploser une nouvelle bombe dans le vol vers Detroit. Plus question d’avoir la coulante et d’être black sur un vol états-unien ou de parler fort dans une langue inconnue (l’arabe). Entre le faux gras, la dinde bio et le vin australien (oups, l’empreinte écologique !!!), les cadeaux de fin d’année (150 euros en moyenne par ménage) et les beaux sentiments, quelle distance entre les humains ? Vite un petit tour à la banque. Nouvelle enseigne (où est Fortis ?). On licencie à tour de bras, y compris à l’Excelsior Moucron. La météo déconne malgré le réchauffement climatique et le note d’Electrabel. La station d’épuration Nord fonctionne à 30%, les Flamands ne sont pas contents (on les comprend). Mais qu’est ce qu’il faut penser, Madame ? Le seul djingle bells qui m’ait fait sourire, c’est celui du musée du condom à Amsterdam, un micro chip inséré dans une capote : fou rire et safe sex garanti !Déjà, il y a quelques années lors de ma 6e vie (les chats en ont 9), des lecteurs de journaux éclairés, étaient complètement désorientés : dans quel état j’erre, dans quel étagère sommes-nous ? Dans quelle bibliothèque ? J’ai des difficultés d’orientation. Hé non, le GPS de la vie n’existe pas. A moins de s’en référer à des religions, des ‘suis-moi, je sais où je vais’, de gourous à la petite semaine, les Tomtom de la société de consommation, les Bisons futés de la pensée, les recettes du bonheur avec bon spécial dans un centre de bien-être.Non. Il n’y a pas de sens à tout cela. Ou celui que toi tu te trouves, toi, dans ton trip personnel. Désolée, mais la direction unique ou a vérité monochrome ne sont plus de ce XIXe siècle. Les enjeux sont multiformes, les idéaux morcelés, les réalités complexes. La famille atomique a explosé en électrons libres. Il faudra bien reconstituer une molécule quelque part. Les réseaux ? Les amis des trèfles à quatre feuilles virtuels ? A force d’individualisme, qui pense comme soi ? Ah ! La solitude ! Un individu sur deux vit seul dans les grandes villes. Vivement les personnes qui ‘savent’ que l’on s’accroche à quelque chose… mais qui sait ?Et l’on suit. Ceux qui savent. Les borgnes au royaume des aveugles. Des théorèmes sociétaux, des axiomes théocrates, des prêts à penser tous azimuts. Dès lors que l’on considère que Dieu, c’est un saint Nicolas pour grandes personnes, comment s’en sortir ? Rechercher des principes universaux ? La Nature ? (survival of the fittest), Les droits de l’Homme ?(quid des droits des psychopathes ?) Liberté-égalité-fraternité ? (chacun rentre dans ses tranchées car la liberté n’est apparemment pas compatible avec l’égalité dans la vision politique actuelle), tolérance (comment accepter l’intolérable ?)… Le mal-être est partout. Il suffit de surfer sur les sites des quotidiens ou de regarder les commentaires chez les facebookiens qui expriment une opinion. Brrr cela fait froid aux entournures ! Certains ont vu leurs enfants menacés pour leurs points de vues !Acceptons que nous sommes dans une période de transition. Avec le recul, à l’échelle humaine, le Moyen Age donne l’impression d’être une période de vide, un grand trou dans la pensée occidentale. Or, durant ce millénaire, les idées se confrontaient, les pensées se mesuraient, les théories s’affrontaient. En est sorti le siècle des Lumières. Nous sommes dans une période d’incubation de quelque chose de plus grand. Nous n’en verrons sans doute jamais le résultat. Mais ayons l’humilité de nous dire que c’était intéressant !‘Je sais, je sais, je sais que l’on ne sait jamais’ (Gabin)

11.12.2009

Penser autrement

Paf le chien a fait trois fois le tour de la Terre. Les Grands de ce monde sont à Copenhague pour réfléchir au réchauffement climatique. La police de Bruxelles indague sur le coup de force (médiatique) qu’a réussi Greenpeace en amenant des banderoles climat au beau milieu du Conseil des ministres européens. Un quidam a piqué 24 caisses de dossiers au Palais de Justice. Le parquet irrégulier dans ses procédures, va en appel dans l’affaire KB-Lux, pour se faire recaler sur la forme ? La fièvre Q décime le cheptel des ovins. Le corps de Tiphaine est autopsié pour la ‘punition’ que lui a infligée maman etc, etc, etc.Que faut-il en penser ma bonne dame ? Ayez peur, citoyens consommateurs ! La peur, c’est bien connu, engendre une attitude de protection ou de fuite (mais pour aller où ?) A coup sûr, elle mène au repli : Noël au restaurant, non merci ! Elle racrapote l’envie d’aller vers l’autre : Cachez ces sans abri ailleurs que dans les stations de métro ! Elle incite à l’épargne, au stockage des denrées non périssables, au ‘bunkering’ (le stade suivant le cocooning d’après Faith Popcorn) devant la télé avec zéro risque ou derrière son écran d’ordinateur à faire des commentaires ‘couillus’ sous pseudo dans les forums de la presse. A défaut de défiler le visage découvert dans une manifestation. Le grognonnement du citoyen Lambda qui en a ras la casquette de se sentir menacé par un ennemi invisible. Le ras-le-bol de l’électeur Toulemonde qui ne comprend plus rien. La génération Bof généralisée qui s’en fout.Mais qu’est-ce qui ne va pas ? Mais qu’est-ce qui ne va plus ? Depuis les années ’70, les grands de ce monde ont sorti le Père Fouettard ! Dans le désordre : attention à la crise du pétrole, attention aux pluies acides, à la cigarette, aux maladies effrayantes sida, la bactérie mangeuse de chairs, grippe aviaire, grippe A, à la vache folle, langue bleue, dioxine, produits d’investissement toxiques, mercure dans les poissons, aspartame cancérigène, radon etc, etc, etc.Etudes pour, études contre. Tout le monde flippe. Personne ne sait quoi faire, penser, qui être. Et vivent alors, les solution mode d’emploi : les fondamentalistes de tout acabit, les donneurs de leçons, l’épanouissement de tous les extrêmes. Qui croire ? A qui faire confiance ? Quel est le principe fondateur de la vérité ?Je ne l’ai pas et vous non plus. Et si nous cherchions ensemble, comme Condorcet : la vérité appartient à celui qui la cherche et non à celui qui dit l’avoir trouvée ?

1